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Un premier voyage : Ixe et Igrec voguant sur le long fleuve tranquille de la poudre blanche (30%)…



Titre de l’expérience : Un premier voyage : Ixe et Igrec voguant sur le long fleuve tranquille de la poudre blanche (30%)…
Pseudonyme : Igrec, un « voyageur artificiel » parmi tant d’autres.
Taille : 1m 81.
Poids: 75 kg.
Lieu : Mon appartement de 16 m².
Substance consommée : Héroïne blanche (30%).
Doses administrées: Variantes : 30mg – 50mg
Mode de consommation: Insufflation (Sniff).
Période : Une après-midi et une soirée, soit environ 7h. (De 15h à 21h).
Nombre de participants : 2 (une amie que nous appellerons Ixe et moi-même).

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Mon trip report se divise en trois parties, à savoir : premièrement le portrait relationnel entre Ixe et moi ainsi que la présentation de notre profil expérimental en matière de drogue (en somme, le « contexte »). La seconde partie quant à elle ciblera l’acquisition de la came. La troisième est somme toute la plus essentielle, mais puisque l’on garde toujours le meilleur pour la fin, je respecte le schéma de la logique ! Cette dernière traitera en détails de l’expérience en soi, du trip report. Ainsi, si vous souhaitez pénétrer carrément dans le vif du sujet, vous pouvez tout à fait sauter les deux premières parties pour lire directement la troisième. Cela dit, il m’a tout de même semblait important pour vous et pour moi-même de préciser la situation. J’espère que mon expérience vous sera utile, bonne lecture !





I.

Ixe et moi nous sommes rencontrés au début de l’année scolaire puis sommes devenus très vite proches l’un de l’autre, et, puisqu’étant tous deux amateurs de paradis artificiels, nous avons par la suite consommé ensemble plusieurs substances actives et réalisé ainsi de nombreux voyages, dont le premier est celui que je m’apprête à vous relater.

C’est en Décembre. Nous sommes tous deux de jeunes inconscients qui ne savent pas quoi penser d’eux-mêmes et qui sont obsédés par des idées que tous les jeunes nourrissent à un moment donné : l’exploration et la découverte du monde, mais surtout l’inspection de son for intérieur.

Pour autant, nous ne sommes que de jeunes apprentis inconscients qui souhaitent foncer naïvement sur des chemins que l’on pense connaître, alors qu’en réalité ce n’est pas le cas : en effet, notre expérience est très limitée puisqu’elle peut très bien se résumer par quelques cuites et par l’habitude du petit joint le soir. En somme, rien d’autre que le cannabis et l’alcool – comme la plupart des jeunes d’aujourd’hui, d’ailleurs.

La vigueur de l’inconnu nous attire donc terriblement, ne serait-ce que l’idée d’être transcendé par une nouvelle substance nous fait tressaillir. Au contact de la grande ville et à celui d’autres types de gens que ceux avec lesquels nous avions l’habitude de trainer auparavant, on a très rapidement vu croître en nous l’envie de tester des choses mystérieuses, plus puissantes, qui disposeraient a priori d’un fort potentiel de défonce. La seule chose que l’on souhaite ; c’est satisfaire cette envie, et non la refouler, mais est-ce pour autant bien judicieux ?

Je pense que puisque nous sommes deux personnes situées sur la même longueur d’onde et ayant confiance l’un en l’autre, on a largement relativisé la diabolisation (légitime ?) des drogues dures, que nous nous sommes vite mis à idéaliser et à vénérer en dépit du reste. Nous n’aurions probablement pas adopté cette attitude si nos chemins ne s’étaient croisés.




Or, à ce moment-là l’héroïne n’occupait certainement pas la première place dans mes pensées déraisonnables ; en réalité elle s’est présentée à moi par le fruit du hasard et ma rapidement séduit. Suite à une occasion exceptionnelle, une chance inouïe que le destin m’avait offert – tout est relatif, j’ai pu obtenir de cette poudre d’or.




II.

Pendant les vacances de Noël, nous nous séparons du monde étudiant pour retourner dans nos villes d’origine dans une optique pure et simple qui est la suivante : profiter des fêtes de famille et des soirées entre vieux potes, comme le feraient la plupart des gens de ce monde. Les jours passent jusqu’à ce que Noël arrive : je suis chez mes grands-parents depuis quatre jours, toute la famille est présente : du petit-cousin hyperactif et mal élevé qui fait hurler toute la famille au grand-oncle qui est persuadé d’être drôle avec ses blagues salaces et vieillottes qui ne font pourtant rire personne, si ce n’est le vieux clébard qui lui sert de paillasson.

Bref, personne d’important en ce qui nous concerne, mis à part l’être en question qui va se révéler crucial dans cette aventure de la destinée : mon cousin. Ce dernier, qui a déjà bien entamé la vingtaine, a les joues creuses, le regard vide et de gros cernes. Il fume des cigares encore plus dégelasses que ceux de notre grand-père et passe ces journées à enchaîner candidement des Kronenbourgs qui sont sans nul doute aussi savoureuses que la pisse du clébard épileptique qui envahie le sol de la baraque. Il a par ailleurs un môme de trois ans qu’il trimballe tristement depuis que la mère l’a abandonné il y a bien longtemps – c’est une histoire complexe qui n’a pas sa place ici. Cela faisait une bonne demi-dizaine d’années que je ne l’avais pas vu, et les choses avaient alors bien changées – pas dans le bon sens, je vous laisse imaginer : toxicomanie, abandon des études et chômage… Le fait est que je m’entends plutôt bien avec lui, malgré son côté proéminent « I’m living in powder ».

Ainsi, le soir de Noël, après un excellent repas de famille convivial, réussi et bien copieux, comme on en a tous connu un, il me propose de s’échapper discrètement du noyau de famille festif pour aller faire un tour en ville. Les multiples digestifs du grand-père se faisant progressivement sentir, nous sommes plutôt avinés et jouons aux clochards dans les rues tels deux joyeux lurons qui profitent de l’ivresse. Et ça pendant deux heures, jusqu’à arriver chez quelqu’un qui m’était inconnu puisque mon cousin avait pris le soin de ne pas m’en parler. C’était le frère de sa copine, soit un véritable héroïnomane qu’il avait rencontré naguère lorsqu’il était routier ; il s’agissait apparemment du type qui l’a entrainé dans l’enfer de la rabla. Je flippe, je n’ai jamais été confronté à ce genre de personnage, et celui-ci est particulièrement… effrayant. Je dis à mon cousin de se magner ; mais au lieu de ça, ils se callent tous les deux un taquet et deviennent vite complètement perchés. Par conséquent, je suis obligé de rentrer chez mes grands-parents tout seul, pendant qu’eux auront passé la nuit dans un squat, digging the vein.

Cet épisode passe et le temps l’accompagne, ce fil du temps je l’exploite de mon côté indépendamment du reste pour me renseigner sur l’héroïne : Internet, associations, emprunts de livres à la bibliothèque... Je ne souhaite pas prendre quelque chose sans savoir précisément de quoi il s’agit. Franchement, ça m’intéresse cette merde… Vient ensuite le dernier week-end des vacances que je souhaite passer pépère dans mon appart’, comme d’habitude. J’avais l’intention de rester dans ma piole à mater les gros navets que mes grands-parents m’avaient offerts pour ne pas m’ennuyer; mais au lieu de ça je reçois un message de mon cousin avec qui j’avais l’intention de garder contact me disant être quelque part dans la ville avec sa copine. On se rejoint dans un bar proche de chez moi, on parle de tout et de rien, puis on commence à discuter d’héroïne…

J’apprends alors que le frère de la copine de mon cousin – le type dont j’ai parlé quelques lignes plus haut – (je sais, c’est lourd comme lien(s), mais j’essaie de reconstituer le réseau de l’histoire) dispose d’un plan came blanche d’une pureté s’élevant à trente pourcents et étant certifiée par mon cousin et sa gonz’, dite « l’habituée d’la flake » – et part d’autres à l’avenir. Bien évidemment, je saute sur l’occasion : je file aveuglement le pèze à mon cousin (pour un gramme) parce qu’au préalable il m’avait proposé de jouer discrètement le rôle d’intermédiaire dans cette transaction.
Trois heures plus tard, je tiens fermement le sachet de came entre mes mains, affichant un sourire niais sur le visage.



Bien évidemment, malgré mon désir le plus fou je ne souhaite pas consommer ne serait-ce qu’un infime grain de cette poudre sans celle qui s’apprête à devenir ma compagnonne habituelle de voyages artificiels : Ixe ! Et, croyez-moi, même en n’ayant jamais testé la poudre d’or auparavant, il est très difficile de résister à l’envie d’y céder lorsque celle-ci est entre vos mains, et que rien ni personne ne peut vous empêcher d’y toucher, à part vous-mêmes bien sûr




III.

Six jours s’ensuivirent jusqu’à ce que THE moment ait lieu. Celui que vous, lecteurs qui ont pris la peine de lire mes deux précédentes parties, attendez depuis déjà bien longtemps ! Mais rassurez-vous car vous n’êtes pas seuls. En effet, moi aussi, jeune farfelu bêtifié par l’inconscience de la jeunesse, l’attend depuis pas moins de cent quarante-quatre heures… Ixe aussi, qui, apprenant la nouvelle, pris soin de bâcler puissamment ses devoirs et d’abandonner allégrement sa sœur pour me rejoindre illico presto dans mon taudis, en cette froide après-midi d’hiver.

Sans aller plus avant, un petit set and setting s’impose à nous, sous peine de décevoir Leary.
Nous nous situons dans mon appartement de seize mètres carrés, au troisième étage. Il fait super chaud puisque le chauffage tourne depuis environ trois jours et deux nuits. En revanche, dehors, le vent est glacial. J’ai un ordinateur grâce auquel je programme mes playlists préférées qui défileront pendant que nous voyagerons. N’ayant pas d’idées précises concernant le choix d’un genre musical qui se marierait bien avec la dreu, j’ai opté pour du neo dub – quasiment que de la scène française et berlinoise – et de la trance psychédélique – Shpongle & Co – qui sont des styles musicaux que j’apprécie en toute situation. En dehors de ça, pour un confort optimal, j’ai un lit ultra moelleux ainsi qu’une demi-douzaine de coussins tout aussi suaves et douillets; d’ailleurs même la moquette présente une certaine mollesse, une certaine douceur… Pour le reste, le cheval fera l’affaire.

Il est quatorze heures. Un verre de Sprite à la main, nous sommes tous deux avachis sur mon lit. Nous demeurons cloués comme tel, face au sachet que nous ne cessons pas de contempler et d’admirer, comme s’il s’agissait d’une résultante matérielle issue de la métempsychose de Morrison sur Terre, dans laquelle l’âme overdosée de ce dernier résiderait et n’attendrait qu’une seule chose, à savoir : l’absorption et la délectation du produit.

Ixe et Igrec sont fin prêts à voguer pour la première fois sur le fleuve de la poudre blanche.
Et c’est précisément à ce moment-là que tout s’emballe. C’est pareil à chaque fois : quand on s’apprête à passer à l’acte, toutes les angoisses ressurgissent d’un coup. Pourtant, nous sommes au bord du fleuve de poudre et tout va pour le mieux. On a payé notre ticket de passage, on a aussi notre équipement pour la traversée, on s’est tout de même renseigné sur le fleuve et on sait quoi en penser. Tout est en ordre pour nous deux, solidaires comme les doigts d’une main. Le fleuve est beau et attirant. Il n’a pas d’odeur, et pourtant il sent merveilleusement bon. Il n’y a pas de soleil, et pourtant il parait si lumineux… C’est très étrange… Ce fleuve est-il aussi tranquille que nous le pensons?

Ce fleuve n’est-il pas piégé comme nombre de passants nous l’ont signalé à mainte et mainte reprises? Oui, pourquoi nous sommes-nous donc pris pour des Dieux, alors qu’en réalité nous sommes humains et nous le savons, comme d’ailleurs l’étaient tous ces fantômes noyés, tous ces rescapés déshumanisés qui nous on avertis en vain? Pourquoi, pourquoi et encore pourquoi?!

On nous a pourtant bien dit qu’à première vue ce fleuve parait calme et paisible, euphorique et paradisiaque mais qu’il ne faut pas se fier à cette impression trop longtemps, parce qu’en réalité, elle n’est qu’un voile piégée, un leurre qui dissimule bien des fléaux. Le fleuve nous incite à aller de plus en plus loin, à nous enfoncer de plus en plus profondément jusqu’à ne l’on ne puisse plus s’en échapper. Alors, ce fleuve décide de s’agiter de plus en plus dangereusement pendant que l’on continue de l’arpenter, insoucieux de tout…Alors, la traversée d’abord onirique, utopique et paradisiaque devient progressivement cauchemardesque, meurtrière, infernale…

Cette traversée est fort vicieuse, et généralement il arrive un temps où l’emprise du fleuve est tellement forte qu’elle passe inaperçue et devient normale donc nécessairement dangereuse : c’est à ce moment-là que le bateau est sabordé par le courant et que l’on tombe à l’eau. La seule solution est de regagner la rive du fleuve poudreux à la nage ; mais celui-ci nous attire tellement qu’il serait même capable de nous convaincre de nous enfoncer sous ses eaux blanches jusqu’à ce que l’on ne respire plus, si ce n’est la dreupou du Danube ; jusqu’à ce que l’on s’y noie. Et quand bien même ce désir incontrôlable ne prendrait pas le pas sur notre lucidité, quand bien même avec toute la bonne volonté du monde nous nous lancerions à la nage pour regagner la rive, y-arriverions-nous pour autant?

Tant de questions auxquelles d’aucuns ne parviennent à répondre de manière objective et absolue, puisque ceux sont des réponses qui dépendent avant tout du corps et de l’esprit propre à chaque être, elles varient donc nécessairement d’un individu à un autre. En définitive, la seule chose dont nous sommes certains, c’est que nous sommes bel et bien là, au bord du fleuve. Alors maintenant, il faut foncer et faire face à notre destin. On ne doit pas faire demi-tour, c’est trop tard. A nous de voir si le temps et la destinée nous seront favorables. A nous de voir si aujourd’hui le long fleuve est tranquille.


A quinze heures, après avoir torché une bouteille de Sprite, on décide de cesser d’appréhender la situation, de tourner autour du pot. C’est le moment de passer à l’action. Pour se faire, nous consommons la came en sniff – comme je l’ai précisé dans la présentation – et non en injection en raison des nombreux risques supplémentaires auxquels nous ne souhaitons pas nous exposer que cette deuxième méthode comporte. Je précise aussi que nous sommes sobre de toute autre substance (caféine, théine, alcool, tabac, cannabis) 48 heures pour moi, 24 heures pour Ixe. J’ai ma balance, on commence par une petite trace chacune dosée à 30 mg par personne.

[Le trip report suivant me concerne exclusivement car Ixe n’a pas souhaité partager son expérience par écrit. En outre, je m’excuse d’avance quant à la progression temporelle qui est par moment confuse pour la bonne et simple raison que je n’ai pas vraiment fais attention à l’heure au cours de ce voyage artificiel.]

Comment dire… C’est spectaculaire, exceptionnel, fabuleux, merveilleux, mirifique, féérique.
Très rapidement après avoir pris la trace (une dizaine de secondes tout au plus), une fantastique montée d’euphorie accompagnée de chaleurs confortables envahissent tout mon corps. J’ai les muscles chauds et tendus (surtout les épaules et la nuque). A cette montée euphorique s’ajoute celle de fourmillements omniprésents, qui s’étalent, se propagent et persistent à certains endroits (extrémités corporels). Cet état me fascine, j’ai l’impression de pénétrer dans un paradis perdu à l’intérieur de mon propre corps.

A ce moment-là, la musique – qui circule bien pourtant – est absente. Ixe aussi est absente. Seul moi, moi et moi sont présents. En fait, j’ai l’impression que la came transcende tout ce qui est extérieur à mon corps, à mon esprit et à mon âme au profit d’un monde intérieur unique et souverain, qui se dévoile à moi sous son plus beau jour. Je suis alors en parfaite communion avec moi-même et le confort moelleux des objets qui m’entourent accentue cette sensation de bien-être intérieur phénoménale. Je suis sur un putain de bateau-nuage qui naviguent inlassablement sur le long fleuve tranquille de mon fort intérieur, frère.
Je t’aime putain, Morrison et la métensomatose momentanée de ton corps overdosé dans le mien, et la métempsychose passagère de ton âme camée dans la mienne : sacré psychonautisme !

Je regarde autour de moi, mes yeux insoucieux se baladent partout jusqu’à finalement se fixer momentanément sur des détails, tel que « Chabrior, Harry Potter ». Mes yeux sont pareils à ceux d’un bébé qui vient tout juste de sortir du ventre de sa mère. C’est ça, je suis un nouveau-né éphémère qui découvre l’ineffable monde artificiel des opiacés et arpente ses chemins biscornus. Ineffable mysteries from Shpongleland, from Schnouffland…

Petit à petit, le monde revient à moi : la musique, les objets habituels de mon taudit, Ixe – qui semble d’ailleurs être très loin. Ma perception des choses ressurgit à certains moments où je redeviens plus ou moins lucide, et alternent avec d’autres où je repars dans un délire de bien-être comme ceux que je viens de décrire. Mais dans tous les cas, je suis bienheureux, émerveillé par mon état et par le monde. Je n’ai que des idées positives – si on peut appeler ça des idées. Ces idées positives transcendent tout le reste, il n’y a qu’elles et elles seules qui ont de l’importance à mes yeux.


Bien tristement, je sens doucement mais surement descendre les effets, et ça me révulse. Alors, tout d’un coup, pour une raison qui m’échappe, je décide de me lever et là, un moment de lucidité couplé à une sorte de motivation/suractivité se déclare en moi, et je prépare vivement deux traces supplémentaires de 50 mg en mode « ultra-déterminé ». Ixe n’en prend que la moitié, tandis que j’enfile la mienne d’une traite.


Là, je décolle véritablement : un flash nettement plus long et puissant que le précédent me sublime et toutes les sensations que j’ai décrites précédemment sont décuplées. Pendant un bon moment, je demeure dans cet état de béatitude, tel un légume des cieux assis fièrement sur un trône nuageux qu’il ne laisserait pour rien au monde. Je le ravive quand bon me semble avec de fins sentiers pour ne pas qu’il s’envole sans moi, cet état.

Je quitte mon appartement à deux reprises : une première fois pour aller acheter des bouteilles de soda et la seconde pour foutre mes poubelles dans des conteneurs ; en réalité, il s’agissait seulement de deux prétextes. Ces deux périodes en extérieur se sont déroulées pendant les phases de descentes que je n’arrivais pas à supporter : une perte de goût de tout, un énervement, une irritation de plus en plus importante. J’étais obligé de sortir, j’avais besoin de prendre l’air. J’ai laissé Ixe seule dans ma piole pendant plusieurs minutes puisque visiblement elle était plus perchée que moi et ne réagissait quasiment pas à ce que je lui disais. En me mettant en relation avec le monde, j’ai compris que j’étais encore bel et bien perché : le fait est que je souhaitais toujours garder l’effet paroxysmique au détriment du reste.

Il est dix-huit heures. Après avoir pris l’air une deuxième fois, l’irritation se dissipe peu à peu. Le contraste de température que je ressens entre la fraicheur de de la ville et l’ardeur de mon gourbi dans lequel je viens de pénétrer accroit considérablement l’effet de chaleur intérieure du cheval poudreux. La discographie du Panda Dub tourne et c’est absolument fantastique : toujours ce bien-être époustouflant qui m’envahit dès que je me pose sur mon lit bien moelleux avec deux oreillers ; sauf que là, la musique est extrêmement proche de moi, elle m’envahit d’une puissance inouïe. C’était comme une symbiose entre mon esprit et la musique, mon corps et la suavité des objets qui m’entourent.
On reste comme tel jusqu’à vingt heures, lorsqu’Ixe prononce sa deuxième phrase depuis la première prise et engage la discussion d’une voix éraillée – comme si elle venait de caller des douilles –. On redevient normal peu à peu, avec tout de même un bel effet de somnolence agréable qui perdure, un peu comme la phase de présommeil quand on vient juste de se prendre le shoot de morphine avant une opération.

A vingt et une heure, Ixe décide de rentrer chez elle tout doucement. Je la raccompagne puis reviens tranquillement chez moi tout en profitant des derniers effets persistant de l’héroïne, puis je m’endors profondément et passe une excellente nuit dans les bras de Morphée (et non de Ixe).

Le fleuve artificiel était donc bien tranquille, mais libre à nous de ne pas naviguer trop souvent dessus, au risque de nous enfoncer dans les abysses de la flake. Les voyages artificiels doivent rester occasionnels, c’est selon moi une règle fondamentale que quiconque souhaitant voguer sur ce fleuve se doit de respecter impérativement, mais ce n’est qu’un avis parmi tant d’autres… On ne finit pas tous comme Jim(my) Morib(ss)ond, cela dit je ne souhaite à personne de se perdre dans les confins du digging the vein, pas même à mon pire ennemi.

Igrec.